L’efficience mentale

Sa Valeur.

Nous entendons par efficience mentale la puissance d’un esprit souple, éveillé et précis, qui est maître de ses moyens et capable, sans surmenage, d’un rendement supérieur. Son importance, évidente pour l’écrivain, le professeur, l’homme de science, est moins apparente pour le commerçant, ou pour celui dont l’activité est surtout physique. Elle est cependant tout aussi réelle. Grâce à l’efficience mentale, quiconque doit étudier comprend mieux et retient plus sûrement ce qu’il apprend: il réalisera ainsi une grande économie de temps, qui lui permettra de se consacrer à d’autres travaux. L’homme d’affaires n’en retirera pas moins de profits: la faculté de saisir les plus petits détails, de les garder présents à l’esprit, de les comparer, de se rappeler les prix, les stocks disponibles, les noms, adresses et particularités des clients, les contrats passés avec eux, lui assurera sur ses concurrents un avantage certain.

En outre, dans toutes les professions, même manuelles, l’efficience mentale fait surgir des idées neuves, nombreuses, fécondes et c’est elle qui détermine ainsi le succès, car à l’origine de toute entreprise heureuse, il y a une idée.

C’est enfin grâce à l’efficience mentale que cette idée se traduit en actes et devient une oeuvre. Pas de réelle efficience qui ne se traduise en action.

Ses trois Qualités Fondamentales.

  1. Confiance en soi.

Pour obtenir les résultats dont nous vous parlons, il faut remplir une première condition: avoir CONFIANCE EN SOI.

Rien n’est plus funeste au succès d’une oeuvre que de douter de soient de se défier de ses propres forces. Tant qu’un homme a confiance en lui-même, il peut grimper sans danger en haut d’une longue échelle; mais, s’il a peur, il est pris de vertige et court le risque de tomber.

Evitez au début de juger trop défavorablement vos facultés intellectuelles: elles sont sans doute meilleures que vous ne le pensez. Vous croyez peut-être avoir une mémoire déplorable, alors qu’elle est normale. Or, une mémoire normale peut beaucoup. En réalité, le défaut dont vous vous plaignez n’est pas imputable à votre mémoire elle-même, mais à l’usage que vous en faites, et à l’éducation que vous lui avez donnée. Soyez persuadé que vous avez l’étoffe nécessaire et que nous connaissons les moyens qui vous permettront d’utiliser au mieux vos facultés.

  1. Travail.

Le Progrès par l’Effort.

Pour suivre avec fruit notre Cours, il faut acquérir une qualité plus importante encore que la confiance en soi: l’amour du TRAVAIL, en prenant ce mot dans le sens d’effort patient et continu mais pas nécessairement considérable. Vous progresserez sûrement si vous fournissez des efforts successifs. Prenez donc la résolution d’aller courageusement jusqu’au bout. Il n’y a que le premier pas qui coûte. Vous serez bientôt encouragé par le juste sentiment que vos forces s’accroissent. La tâche ne sera ni monotone, ni désagréable, ni excessive; elle n’exigera pas un effort pénible ni une attention fatigante. Notre méthode gradue les difficultés et conduit l’Etudiant pas à pas, sans heurts ni secousses, jusqu’au but final.

Néanmoins, il faudra travailler. Il ne suffit pas, pour acquérir l’efficience mentale, de payer des honoraires, d’avoir sous la main des brochures et de se borner à lire nos instructions. Les directives que nous vous fournirons et les Exercices que nous vous prescrirons ne vous prendrons que peut de temps, et vous y trouverez un intérêt toujours plus vif. Mais si vous ne suivez pas nos recommandations et si vous négligez nos Exercices, vous serez mal fondé à vous plaindre de n’avoir pas fait de progrès.

N’objectez pas que le temps vous manque pour effectuer des exercices prescrits. Il doit être entendu, une fois pour toutes, que la meilleure façon de les exécuter consiste à les transporter dans l’ordre de vos obligations, soit professionnelles soit privées. Si vous opérez cette transposition vous n’éprouverez, à suivre votre préparation pelmaniste, aucune surcharge de travail; vous vous acquitterez même de vos obligations avec plus d’aisance et d’allégresse.

Le Pelmanisme n’est pas une spéculation dans laquelle vous placerez des fonds qui vont, au bout d’un certain temps, et sans aucun travail de votre part, vous rapportez de gros intérêts. C’est plutôt une affaire commerciale: vous engagez un capital qui est le prix du Cours, vous travailler a le faire fructifier et vous vous trouvez, ainsi, en possession d’une source permanente de revenus -pécuniaires, intellectuels, moraux -dont la valeur est plusieurs milliers de fois celle de la somme engagée. C’est donc une opération profitable.

Ce n’est là pourtant que l’un des avantages de notre méthode: elle ne se contente pas d’enseigner à travailler, elle donne à l’Etudiant l’amour du travail. Cette impulsion nouvelle exalte en lui des forces vives insoupçonnées et fait de son effort laborieux une joie active et continue.

La loi d’  » Effet Latent « .

Mais il ne faut pas perdre de vue que les résultats d’un effort ne sont jamais immédiats. Aussi courte qu’elle soit, il existe toujours, entre la cause et son effet, une phase qu’on peut appeler « le temps d’effet latent ». Ce phénomène s’observe dans la nature entière, aussi bien dans le monde inanimé que les êtres vivants. Nous parlons, mais notre interlocuteur ne saisit pas notre parole aussitôt que nous l’avons émise: il faut un temps, en l’occurrence une petite fraction de secondes, pour que notre voix lui parvienne. Le coup de maillet et le bris de la pierre sont séparés pour un moment où aucun effet n’est visible. C’est le temps nécessaire aux transformations intérieures que doit subir un milieu pour manifester les effets prévus.

Dans ces transformations relativement simples, le temps « d’effet latent » est court. Mais voici un cas différent: on sème une graine, on obtient une plante. Là, les transformations intérieures sont infiniment plus complexes, et le temps d’ « effet latent » atteint plusieurs mois.

Entre la contamination et l’éclosion d’une maladie s’écoule un certain nombre de jours, de semaines, et même (c’est le cas de la lèpre), d’années. C’est « l’incubation » d’une maladie, pendant laquelle rien ne nous indique que la contagion ait eu lieu.

La vie mentale obéit à la même loi; un effort psychique, un acte de volonté ou toute autre forme de travail intellectuel ne donne son résultat qu’au bout d’un certain temps.

C’est là un fait sur l’importance pratique duquel nous ne saurions trop insister. La plupart des gens qui se découragent vite, qui abandonnent une affaire pour en entreprendre une autre, puis la quittent peu après pour une troisième, sont de ceux qui méconnaissent la loi « d’effet latent ». Ils se disent: « J’ai fait l’effort et l’affaire ne marche pas, c’est donc qu’elle ne vaut rien ». D’autre part, on entend des gens dire: « Je n’ai rien fait, la chose s’est faite d’elle même, tout s’arrange comme je le désirais, sans le moindre effort de ma part ». Voilà un cas où on récolte, sans s’en rendre compte, le résultat de ses efforts antérieurs. Mais gare à ceux qui, attribuant leur succès uniquement à la chance, ne renouvellent pas leurs efforts: ils arriveront à épuiser le capital qu’ils avaient amassé et un beau jour « ils n’ont plus de chance ».

Ayez foi dans la valeur absolue de l’effort, sachez attendre des résultats.

Ne précipitez rien: progressez pas à pas et donnez aux fleurs le temps de s’ouvrir, aux moissons le temps de mûrir.

  1. Organisation du Temps.

Toutefois, ne vous méprenez pas. S’il faut savoir attendre, il n’en est pas moins nécessaire d’utiliser chaque moment. Ceci nous amène à insister sur la troisième condition de l’efficience mentale qui consiste à savoir tirer parti de tout son TEMPS.

Vous êtes mieux que personne à même de savoir de combien de temps vous disposez. Si vous en avez peu, raison de plus pour le bien employer, vous n’en serez jamais trop économe.

Il y a deux parts dans votre journée: celle qui est occupée au travail professionnel et l’autre.

Dans l’utilisation rationnelle de chacune de ces deux parties, il convient également d’employer sinon les minutes, du moins les quarts d’heure pour obtenir un maximum de peine. Il faut donc établir deux emplois du temps, l’un consacré au travail obligatoire et l’autre au travail libre, personnel -lequel à la longue réagira sur le premier en augmentant sa valeur de rendement.

Le Temps Professionnel.

Le tableau d’un emploi du temps professionnel est évidemment variable selon la nature de l’occupation rémunératrice. Il y a des situations, celle de journaliste par exemple, où il s’agit, paradoxe bizarre, d’organiser l’imprévu. Dans d’autres, le travail quotidien est tellement régulier qu’on se sent pour ainsi dire porté par lui. Entre ces deux extrêmes se placent toutes les possibilités: le problème consiste donc à arranger le temps consacré au travail selon certaines règles qui conviennent au but poursuivi. Ici se présentent toutes sortes de petits moyens, que la plupart des employés ou des chefs découvrent par l’usage, mais qu’on peut cependant apprendre dès le début en appliquant une théorie générale.

Etant donné que l’on veut économiser de la fatigue et du temps, il importe d’abord, quand on a des subordonnés, de se décharger sue eux de tout le travail proprement mécanique. Un directeur ne doit pas perdre de temps à ouvrir les enveloppes de son courrier puisqu’un employé spécial (secrétaire ou chef de la correspondance) ou une machine peut le faire.

Voici un dicton américain que doivent méditer les Européens: « Libère-

toi de tout travail que tu peux faire faire à un autre en le payant; ainsi ton esprit restera vivant ».

Ce dicton a surtout une grande valeur pratique pour les chefs: mais les subordonnés peuvent s’en appliquer un autre « C’est en forgeant, dit un proverbe latin qu’on devient forgeron ». Ce qui signifie, entre autres, qu’il faut avoir fait du travail d’apprenti, de ses mains ou de son cerveau, avant d’être apte à distribuer du travail aux autres et d’en critiquer les résultats.

Aussi recommandons-nous à nos étudiants:

1°de bien étudier le mécanisme du travail qu’ils ont à exécuter; 2° de chercher sur quels points ils peuvent faire une économie de fatigue et de temps, personnelle ou collective; car ce qui profite à l(un doit profiter à tous.

Il va de soi que le temps professionnel doit être divisé d’une manière méthodique en tenant compte du but poursuivi. S’il s’agit, par exemple, d’une industrie, on devra établir un plan annuel ou saisonnier, s’occuper six mois à l’avance de la « saison » suivante.

D’autres professions exigeront un emploi du temps trimestriel ou mensuel (représentants de commerce), hebdomadaire (la plupart des salariés payés à la semaine), ou même journalier.

Ce dernier cas est le plus fréquent. Il sera bon de noter la veille sur un carnet ou sur une fiche les tâches à faire le lendemain, afin de ne pas perdre le temps de la « mise en train ». Il faudra, en outre, les sérier par ordre d’urgence et d’importance, et réserver un certain temps pour l’imprévu. Bref, considérez les moments de la journée comme agencés les uns par rapport aux autres de la même manière que se commandent les divers rouages d’une machine. Vous passerez alors d’une série d’occupations de détail à une autre sans éprouver la sensation pénible d’un arrêt brusque d’une secousse.

L’Emploi des Loisirs.

Bien des gens sont ordonnés à l’atelier, au bureau, mais sans méthode aucune dans l’usage de leurs loisirs. Ils n’ont jamais compris que s’ils vendent 8 ou 10 heures par jour à autrui, c’est pour pouvoirs’ assurer deux ou trois heures où ils ne dépendent que d’eux-mêmes, et que par suite ces trop rares instants de tranquillité sont l’essentiel de leur existence. Voilà les seuls moments où ils peuvent se préparer à valoir davantage plus tard, à augmenter leur instruction, à réformer leur caractère. Ils croient « se reposer » en perdant leur temps; ils ne réussissent qu’à gaspiller leur énergie dans des occupations oiseuses ou malsaines, quand ce n’est pas dans l’ennui. Saboter l’emploi de ses loisirs, c’est comme mettre le salaire que l’on gagne dans une poche percée. Moins vous avez de temps à vous, plus il vous est précieux.

De même que vous avez un emploi du temps professionnel, dressez un plan de travail pour vos soirées, dans le genre de celui que nous vous présentons ci-dessous:

EMPLOI DU TEMPS DES LOISIRS

Le soir.
De 6 à 7 h. De 7 à 8 h. De 8 à 9 h. De 9 à 10 h. De 10 à 11 h.
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi

Supposons que vous ne soyez libre qu’à partir de 6 heures du soir. Vous aurez besoin de dîner et de prendre quelque distraction. Il vous appartient de répartir votre temps entre ces occupations et le Pelmanisme. Nous estimons que si vous étudiez le Pelmanisme de 8 heures à 8 h.1/2 ou 9 h. et faites une promenade avant de vous coucher, vous aurez judicieusement partagé votre temps entre le travail et la récréation. Si, pour vous rendre à destination, il vous faut prendre le train, le tramway ou le métro, n’oubliez pas d’emporter votre Leçon en cours, sinon pour l’étudier à fond pendant le trajet, du moins pour en lire quelques passages et y réfléchir. En effet, les vibrations du véhicule déterminent une fatigue des yeux qu’il vaut mieux éviter. Mais ne pas lire n’empêche pas de penser. Ce n’est pas apprendre le Pelmanisme qu’il faut, c’est le comprendre et en assimiler la méthode.

Sachant ce que vous avez à faire pendant toute la semaine, vous pourrez répartir convenablement votre temps. Il est probable que des circonstances imprévues vous obligeront, parfois, à négliger quelque peu votre programme, par exemple pour aller au théâtre, au cinéma, au concert, à une réunion familiale ou corporative. Mais veillez à ce que ces irrégularités soient tout à fait exceptionnelles au moins pendant l’étude de notre Cours.

Votre emploi du temps n’est pas simplement un répertoire de projets inscrits sur votre agenda, c’est une règle, une discipline que vous devez vous imposer. Tant pis si, le moment venu, cela contrecarre votre paresse, ou entrave vos fantaisies. A moins qu’un intérêt supérieur ne vous conseille de faire exception à la règle, la règle préalablement fixée doit être suivie. Prenez tout de suite, dès le début, l’habitude de vous maîtriser vous-même.

Un travail méthodique porte toujours ses fruits. Très justement, un savant disait: « Les hommes se métamorphoseraient, s’ils savaient seulement que faire d’eux-mêmes lorsqu’ils ont terminé leur tâche quotidienne ». L’Etudiant trouvera dans la Leçon 10, sur la Culture de l’Esprit, des conseils pratiques pour l’utilisation de ses loisirs.

Un mot encore avant de quitter ce sujet capital, l’organisation du travail. Personne ne pourrait, du jour au lendemain, devenir ordonné dans tous ses actes, de désordonné qu’il était. Inutile de dresser un emploi du temps sur le papier en vous flattant de réaliser d’un coup ce programme. Pour aller vite, daignez procéder lentement. Sinon, ou vous ne ferez rien, ou vous abandonnerez aussitôt l’effort. Acquérez peu à peu cet emploi du temps bien ordonné que nous vous prescrivions. Une semaine pour fixer chaque habitude nouvelle -telle tâche à telle heure -c’est bien assez de rapidité, et c’est infiniment plus sûr que de prétendre réussir en brûlant les étapes. Essayez: en peu de mois, vous serez devenu quelqu’un de remarquablement ordonné, sans qu’il vous en ait coûté grand peine.

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